Démission de François Legault : une fin de cycle qui impose retenue, reddition de comptes et respect démocratique
La démission de François Legault comme premier ministre du Québec marque la fin d’un cycle politique important. Pour le Local 791 – FTQ-Construction, cette annonce oblige à poser clairement certaines questions de fond, à commencer par celle de la légitimité démocratique du gouvernement sortant.
Il faut rappeler un fait incontournable : la Coalition Avenir Québec n’a jamais obtenu l’appui de la majorité des électrices et des électeurs. Lors des dernières élections, une majorité de Québécoises et de Québécois ont voté contre ce gouvernement, mais le mode de scrutin lui a tout de même permis de concentrer le pouvoir.
Cette réalité démocratique a eu des conséquences bien concrètes.
Sous un gouvernement appuyé par une minorité de voix, des décisions majeures ont été imposées : réformes du droit du travail, centralisation des pouvoirs, affaiblissement des contre-pouvoirs et projets de loi contestés qui ont directement touché les travailleuses et travailleurs, notamment dans le secteur de la construction.
Un héritage politique qui demeure : les projets DE LOI de Jean Boulet
La démission de François Legault ne fait pas disparaître l’héritage de son gouvernement. Le Local 791 rappelle que plusieurs projets portés par le ministre Jean Boulet ont été déposés ou adoptés sans réel consensus social, malgré l’opposition claire des travailleurs et travailleuses.
Ces initiatives ont cherché à restreindre l’action collective, à affaiblir les leviers syndicaux et à redéfinir l’équilibre des relations de travail — sans mandat populaire clair, et souvent au nom d’une efficacité administrative à sens unique.
L’éléphant dans la pièce : la valse des milliards sans diligence suffisante
Le Local 791 estime également impossible de passer sous silence un enjeu majeur du bilan du gouvernement sortant : la gestion des fonds publics.
Au cours des dernières années, le Québec a assisté à une valse de milliards de dollars octroyés, souvent dans l’urgence, parfois sans appels d’offres adéquats, sans mécanismes de contrôle suffisants, et sans démonstration claire de retombées durables pour la population — encore moins pour les travailleuses et travailleurs qui créent pourtant la richesse collective. Les scandales SAAQCLIC, Northvolt, et les quelques dizaines de milliards octroyés “sur une napkin” ajoutent un poids supplémentaire à un bilan qui était déjà largement critiqué par une grande part de la population.
Pendant que l’État se montrait d’une grande fermeté envers les organisations syndicales, exigeant rigueur, transparence et discipline, il a faisait preuve d’une souplesse troublante lorsqu’il s’agissait de subventions aux grandes entreprises, de contrats publics ou de partenariats économiques mal balisés.
Cette asymétrie soulève un sérieux problème de légitimité politique et morale.
Les travailleurs doivent se battre pour chaque gain, chaque protection, chaque heure reconnue — pendant que des milliards circulent sans la diligence requise.
D’ici les élections : une obligation de retenue démocratique
Même après la démission de son chef, le gouvernement demeure en place jusqu’aux élections prévues en octobre. Mais gouverner n’est pas synonyme d’imposer.
Il existe une règle démocratique fondamentale — non écrite, mais largement reconnue — selon laquelle un gouvernement en fin de mandat ou en transition doit faire preuve de retenue.
Cela signifie :
- pas de réformes majeures ou idéologiques;
- pas de modifications structurantes au droit du travail;
- pas d’engagements financiers irréversibles engageant des milliards de fonds publics.
La gestion courante de l’État doit primer.
Les décisions structurantes doivent être laissées au jugement de la population.
Dans ce contexte, toute tentative de relancer ou de finaliser des projets de loi controversés, notamment sous la responsabilité du ministre Jean Boulet, serait politiquement et démocratiquement discutable.
Le message du Local 791
La pierre d’assise sur laquelle repose la légitimité d’un gouvernement n’est pas figée dans le temps. Elle repose sur la légitimité populaire, la reddition de comptes et le respect des travailleurs et travailleuses.
Le Local 791 – FTQ-Construction demeurera vigilant et mobilisé. Peu importe les changements de visages au sommet de l’État, nous continuerons de défendre les droits, les conditions de travail et la dignité de nos membres — aujourd’hui comme demain.
