CE QUI FAIT VRAIMENT MONTER LE PRIX DES CONDOS — ET POURQUOI ON ATTAQUE LA SÉCURITÉ DES TRAVAILLEURS.

Un complément d’information à la prise de position de la FTQ-Construction concernant la présence des RSS sur les chantiers de construction dans un article du journal de Montréal.

Depuis quelques jours, un discours revient en force : la sécurité sur les chantiers coûterait trop cher. Les représentants en santé-sécurité seraient responsables, en partie, de l’augmentation du prix des condos. Ne nous prêtez pas de mauvaises intentions, mais nous trouvons que cette prise de position de l’ACQ tombe à point… avec leur offensive de lobbying politique de cette semaine.

Après, certains viendront nous dire que les syndicats font trop de politique… Pour ceux qui savent lire, il faut savoir que cette sortie média est orchestrée pour favoriser plus de prise de risques sans prévention et maximiser les profits des membres de l’association patronale. Nous ne sommes pas dupes, n’insultez pas notre intelligence.

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Ce récit de l’ACQ est pratique. Il est simple. Il pointe un coupable facile.

Mais il détourne l’attention de la vraie question : qui contrôle le chantier, et qui paie réellement le prix du risque ?


Le retour d’une vieille logique

Avant les gains modernes en prévention, le travailleur sans sécurité d’emploi n’avait aucun véritable allié.

  • Pas de voix indépendante.
  • Pas de protection réelle lorsqu’il fallait dénoncer une situation dangereuse.
  • Pas la possibilité de dire non sans craindre de perdre sa job.

Dans ce modèle, la production passait avant tout. Le chantier avançait vite… et les accidents suivaient.

Ceux qui ont connu cette époque savent de quoi il est question : un système où les travailleurs absorbaient le risque pendant que d’autres absorbaient les profits.

Aujourd’hui, certains voudraient nous faire croire que la prévention est devenue un luxe.


Une offensive politique déguisée en débat économique

Pendant que la CNESST subit des compressions qui fragilisent la capacité d’inspection publique, on voit aussi des pressions pour réduire la portée des mécanismes de prévention sur les chantiers.

Quand l’Association de la construction du Québec affirme que la sécurité fait grimper les coûts, ce n’est pas simplement une opinion économique — c’est une prise de position sur le rapport de force dans l’industrie. C’est politique.

  • Moins d’inspection publique.
  • Moins de prévention indépendante.
  • Plus de latitude pour accélérer la production.

Ce n’est pas une coïncidence. C’est une direction.


Ce qui dérange vraiment

Le représentant en santé-sécurité ne dérange pas parce qu’il coûte cher.

Il dérange parce qu’il peut dire :

« Stop. Là, c’est dangereux. »

Et ce simple mot change tout.

Il introduit un contrepoids dans un environnement où la pression pour livrer vite est immense. Il empêche que le travailleur se retrouve seul face à la logique économique.

Ce n’est pas seulement une question de sécurité.
C’est une question de pouvoir.


Parlons enfin des vrais moteurs du prix des condos

Si on veut discuter sérieusement des coûts, regardons les causes réelles plutôt que de pointer la prévention.

1️⃣ La financiarisation du logement

Le condo n’est plus seulement un lieu pour vivre : il est devenu un actif d’investissement. Lorsque le rendement devient prioritaire, tout ce qui ralentit la machine — y compris la sécurité — est perçu comme un obstacle.

2️⃣ La spéculation foncière

Des terrains voient leur valeur exploser avant même le début des travaux. Ces hausses influencent directement le prix final des unités — sans aucun lien avec la présence d’un représentant en prévention.

3️⃣ Les stratégies de marché et la surenchère

Les cas disciplinaires visant certains courtiers pour des stratagèmes liés à la surenchère rappellent une réalité inconfortable : les prix peuvent être gonflés bien avant que le premier travailleur mette le pied sur le chantier.


Le coût qu’on oublie toujours : les accidentés et les familles endeuillées.

Quand un travailleur est gravement blessé :

  • ce n’est pas le promoteur qui paie à long terme;
  • ce n’est pas l’investisseur;
  • ce n’est pas le marché immobilier.

C’est la collectivité.

Indemnisation, soins, réadaptation, soutien du revenu, programmes publics.

Quand une personne ne peut plus exercer son métier, elle devient souvent dépendante — parfois pendant des années — d’aides publiques. C’est une réalité difficile à dire, mais nécessaire à nommer. Et quand elle perd la vie, c’est toute la société qui en paie le prix.

On privatise les profits des chantiers.
On socialise les conséquences des accidents et des décès en chantier.


La fausse équation économique

On calcule minutieusement le coût d’un mécanisme de prévention.

Mais on ignore :

  • Le coût d’un accident grave sur plusieurs décennies;
  • La perte d’expertise d’un travailleur qualifié;
  • L’impact sur les familles et la société.

Un chantier moins sécuritaire ne coûte pas moins cher.
Il transfère simplement la facture vers le public et le fardeau vers les familles.


Ce qui se joue vraiment

La question n’est pas « combien coûte la sécurité ».

La vraie question est :

Qui doit assumer le risque ?

Les travailleurs qui mettent leur corps en jeu chaque jour ?
Ou ceux qui profitent du rythme accéléré de la production ?


POUR NOUS, C’EST CLAIR.

La prévention n’est pas un luxe.

Elle n’est pas ce qui fait exploser le prix des condos.

Ce qui pèse réellement sur les coûts, ce sont des dynamiques économiques largement déconnectées du chantier lui-même : spéculation, financiarisation, logique de rendement.

Attaquer la sécurité, c’est éviter de parler des vraies causes des accidents et des décès sur les chantiers.


Conclusion

Un condo trop cher peut être refinancé.

Un travailleur brisé, lui, devient une responsabilité humaine, sociale et économique que toute la collectivité porte pendant des années. Et que dire des familles endeuillées, qui doivent continuer comme si de rien n’était.

Ce que certains appellent un coût, c’est en réalité ce qui empêche le chantier de redevenir une machine qui use les travailleurs jusqu’à la rupture.

Et ça, on ne reviendra pas en arrière.

Marc-André Blanchette, Représentant technique

Union des opérateurs de machinerie lourde – Local 791

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