Dans un récent reportage de La facture, Radio-Canada s’intéresse au parcours d’un travailleur accidenté à qui la CNESST présente la construction comme une possibilité de réorientation professionnelle. Cliquez sur l’image pour voir le reportage au complet.

Sur papier, la proposition peut sembler intéressante. Formation accessible. Besoin de main-d’œuvre. Possibilités d’emploi. Bons salaires. Mais entre la construction présentée sur papier et la réalité vécue sur les chantiers, il y a une différence importante. Notre Union et nos membres le savent.
C’est notamment pour ramener cette réalité dans la discussion que Marc Leclerc, directeur général du Local 791 – Union des opérateurs de machinerie lourde, a participé au reportage.
Quand la CNESST vend du rêve.
Lorsqu’on présente l’industrie de la construction à un travailleur qui doit se réorienter, il est facile d’en montrer les aspects les plus attrayants. Mais encore faut-il être capable d’y entrer.
L’accès à l’industrie est encadré. Selon le métier, le parcours, la région et l’état des bassins de main-d’œuvre, une personne qui souhaite intégrer la construction peut rapidement découvrir que le chemin est beaucoup moins direct que la CNESST ne l’avait laissé entendre.
Autrement dit, identifier la construction comme possibilité de réorientation ne signifie pas qu’un travailleur pourra y faire son entrée et y travailler.
C’est une distinction importante lorsqu’on parle à une personne accidentée qui cherche à reconstruire sa vie professionnelle. En particulier parce qu’un travailleur accidenté arrive souvent avec des limitations fonctionnelles ou un historique de lésion qui peut être perçu comme un risque par un employeur.
On ne devrait pas lui vendre une possibilité théorique comme si elle constituait déjà un véritable débouché.
Le Local 791 demande d’ailleurs à la CNESST de cesser d’orienter des travailleurs accidentés vers des formations privées qui ne sont pas reconnues par la CCQ. En particulier lorsque ceux-ci souhaitent entrer dans nos métiers en chantier. Former quelqu’un pour un métier hors construction, c’est une chose. Lui laisser croire que cette formation lui donnera accès aux chantiers alors qu’elle ne mène pas au certificat de compétence requis, c’en est une autre.
Une réorientation doit mener à un véritable débouché, pas à une porte fermée. Plus de 4 millions de dollars investis en formation pour que des travailleurs finissent par se frapper le nez sur la guérite du chantier, ça n’a aucun sens.
Et entrer dans l’industrie n’est que la première étape
L’autre élément soulevé par Marc Leclerc dans le reportage concerne la réalité même du travail.
Les métiers de la construction sont exigeants. Dans nos métiers notamment, une journée de travail peut signifier de longues heures exposé au bruit, aux vibrations de la machinerie, aux mouvements répétitifs et aux contraintes physiques propres à l’environnement d’un chantier.
Ce ne sont pas des détails. Ce sont des conditions réelles d’exercice du métier qui doivent être considérées lorsqu’on propose cette avenue à un travailleur qui vit déjà avec les conséquences d’une lésion professionnelle.
La question n’est donc pas simplement : « Est-ce que cette personne pourrait suivre une formation? »
Il faut également se demander si elle pourra réellement accéder à l’industrie et, surtout, si sa condition lui permettra d’exercer durablement le métier dans les conditions réelles d’un chantier.
La construction, ce n’est pas une case dans un formulaire
Le Local 791 connaît cette réalité parce que nous représentons quotidiennement nos membres qui exercent ces métiers. Nous savons ce qu’exige une journée dans une pelle, un loader, un rouleau, une paveuse, un camion ou toute autre machinerie lourde.
Nous savons aussi que derrière les perspectives d’emploi et les salaires affichés se trouvent des conditions de travail particulières qu’il faut connaître avant d’orienter quelqu’un vers notre industrie. C’est ce regard que Marc Leclerc est venu apporter au reportage de La facture. Pas pour fermer la porte de la construction aux travailleurs qui souhaitent y faire carrière. Au contraire.
Mais lorsqu’on propose notre industrie comme solution à un travailleur accidenté, il faut lui présenter toute la réalité — pas seulement celle qui paraît bien sur papier. Sans dénigrer notre industrie, il faut sortir du monde des licornes.
Radio-Canada s’est penchée sur le parcours d’un travailleur accidenté et sur la façon dont la construction lui a été présentée dans sa démarche de réorientation professionnelle.
Marc Leclerc, directeur général du Local 791, participe au reportage afin d’expliquer les difficultés réelles d’accès à l’industrie ainsi que les conditions dans lesquelles tous les opérateurs et opératrices de machinerie lourde exercent leur métier.
