L’industrie est à la croisée des chemins : la polyvalence… ou la compétence?

Hier matin, la direction générale du Local 791, la direction générale adjointe ainsi que plusieurs représentants du Local 791 étaient présents à la présentation des Perspectives professionnelles 2026-2030 de la Commission de la construction du Québec, aux côtés d’une panoplie d’acteurs de l’industrie de la construction.

Cette rencontre avait un objectif clair : faire le point sur l’avenir de notre industrie, les besoins de main-d’œuvre et les grands projets qui vont façonner les prochaines années sur les chantiers du Québec.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les besoins vont être énormes.

La CCQ prévoit environ 17 000 nouveaux travailleurs et travailleuses par année d’ici 2030. Les métiers spécialisés demeurent parmi les plus recherchés dans l’industrie, notamment les opérateurs d’équipement lourd et les opérateurs de pelles mécaniques.

Pour les membres du Local 791, le message est clair : les opérateurs vont continuer d’être au cœur des grands projets du Québec. La question de la formation professionnelle, de la rétention de notre main d’oeuvre et du développement des compétences demeurera centrale.


Les grands chantiers s’en viennent

Le rapport confirme que plusieurs projets majeurs vont maintenir une forte activité dans plusieurs régions du Québec :

  • Prolongement de la ligne bleue du métro;
  • Pont de l’Île-aux-Tourtes;
  • Pont de l’Île-d’Orléans;
  • Tramway de Québec;
  • Projets Hydro-Québec;
  • Grands projets éoliens;
  • Infrastructures routières;
  • Projets miniers et industriels majeurs.

Dans l’Est du Québec, plusieurs projets éoliens vont générer énormément de travail au cours des prochaines années, notamment :

  • PPAW1;
  • PPAW2;
  • Madawaska;
  • Mesgi’g Ugju’s’n 2.

Sur la Côte-Nord, Hydro-Québec prévoit également plusieurs travaux majeurs de réfection de centrales.

Autrement dit : les chantiers s’en viennent.

Et ils vont avoir besoin de nous, d’opérateurs.

Vous pouvez consulter le rapport de la CCQ ici :


Une bonne nouvelle pour la compétence

Un autre élément a particulièrement retenu notre attention lors de cette présentation.

Depuis plusieurs années, l’industrie observait une explosion des entrées non diplômées sur les chantiers de construction. À un certain moment, près de trois nouveaux travailleurs sur quatre entraient dans l’industrie sans diplôme directement lié au métier exercé.

Aujourd’hui, nous constatons une inversion, timide, mais progressive de cette tendance, malgré le fait que beaucoup d’efforts restent à faire. L’industrie semble tranquillement revenir vers un meilleur équilibre entre travailleurs diplômés et non diplômés.

Et pour nous, c’est une bonne nouvelle.

Nous n’avons d’ailleurs pas pu nous empêcher de remarquer que le ministre Jean Boulet lui-même a tenu un discours beaucoup plus axé sur la formation des travailleurs et le développement des compétences, mettant beaucoup moins d’emphase qu’auparavant sur la polyvalence et la flexibilisation de la main d’oeuvre.

C’est un signal qui mérite d’être souligné.

Parce qu’au fond, l’industrie de la construction est actuellement à la croisée des chemins.

Est-ce qu’on choisit la polyvalence?

Ou est-ce qu’on choisit la compétence?

C’est probablement LA question centrale pour les prochaines années. Si nous choisissons la voie de la compétence, il faudra que le nombre de places dans les cohortes de formation professionnelle en soit le reflet. Lorsque nous étions 100 000 travailleurs dans l’industrie, il y avait environ 230 places à la formation au DEP. Maintenant que nous sommes plus de 200 000, le nombre de places disponibles au DEP est resté exactement au même endroit, c’est assez incohérent avec les besoins de l’industrie. En conséquence, nous enjoignons le Ministre du Travail et la CCQ de s’assurer que le Ministère de l’Éducation soit au diapason des besoins de formation professionnelle de l’industrie de la construction.

Parce qu’à force de vouloir tout rendre interchangeable, tout accélérer et tout diluer, il faut finir par se demander ce qu’on veut réellement pour l’avenir de notre industrie. Si on veut favoriser la rétention, la compétence et l’efficacité sur nos chantiers, il est impératif de faire bouger l’industrie vers l’entrée par la formation professionnelle. C’est ce que votre Union défend.

Ajoutons à ces constats le besoin de l’industrie de se pencher sur les raisons qui font en sorte que bon nombre de travailleurs et de travailleuses décident de quitter la construction. Pour notre part, il est assez évident que la moyenne d’heure de travail de 1064 heures par année a énormément d’impact sur la capacité de l’industrie à retenir notre main d’oeuvre. Être en mesure d’y gagner sa vie est certainement la condition numéro un afin de garder de l’intérêt pour son métier.


La juridiction par métier, un gage de productivité.

Pendant que plusieurs parlent constamment du besoin de décloisonner les métiers pour arriver à augmenter la productivité sur les chantiers, votre Union est d’avis que c’est précisément la spécialisation des métiers qui arrive à assurer une hausse de productivité sectorielle difficile à égaler à travers le globe. De 2017 à 2023, la croissance de la productivité du secteur de la construction au Québec a été tout en haut de la liste.

Et ce malgré le fait que, selon l’Institut du Québec (Innover en construction) :

En 2023, l’industrie manufacturière investissait 94$ en équipements par emploi, soit trois fois plus que le secteur de la construction qui n’investissait que 28$ par emploi.

Si nous tenons à limiter les dépassements de coûts, les erreurs effectuées par des ouvriers qui ne sont pas adéquatement formés, les erreurs, les omissions, les accidents de travail, il est fondamental de renforcer le niveau de spécialisation des ouvriers et ouvrières de métiers et que les entreprises investissent adéquatement pour soutenir la productivité de nos ouvriers et ouvrières.


Le métier d’opérateur doit demeurer reconnu et spécialisé.

Les grands projets qui s’en viennent vont demander des travailleurs qualifiés capables d’opérer des équipements de plus en plus complexes, dans des environnements exigeants où la sécurité et l’expertise demeurent essentielles.

Au Local 791, nous continuerons donc de défendre :

  • la formation;
  • le compagnonnage;
  • la transmission des connaissances;
  • la reconnaissance des métiers spécialisés;
  • et la protection des compétences acquises par les opérateurs.

Parce qu’une industrie forte ne se construit pas en nivelant les qualifications vers le bas.

Elle se construit en développant l’expertise de ceux et celles qui bâtissent réellement le Québec.

Retour en haut