
On va remettre les pendules à l’heure
Ces derniers jours, La Presse a sorti des articles sur la construction.
On y parle de travailleurs qui “exigent le gros prix”.
On y parle d’un “phénomène inquiétant” selon la Commission de la construction du Québec.
Pis tranquillement, on installe une idée, encore une fois : que le problème dans l’industrie… ce serait les travailleurs.
Vous. Nous.
On va être clairs.
On prend un exemple.
Un entrepreneur qui chiale.
Une situation isolée.
Pis ça devient un “phénomène généralisé”.
Ça, ça s’appelle une généralisation hâtive, prendre une anecdote et penser que l’industrie au complet fonctionne de cette façon.
On fabrique un portrait du travailleur qui abuse, pour éviter de parler du reste.
Pendant ce temps-là…
Pendant qu’on vous pointe du doigt :
La Commission de la construction du Québec a demandé aux entreprises de redonner 25 millions $ aux travailleurs pour des heures non payées en 2024.
- Salaires impayés.
- Heures et indemnités non versées.
- Infractions à répétition.
Ça, ce n’est pas une anecdote.
C’est réel.
C’est documenté.
C’est répété.
Et pourtant, ça ne devient jamais un “phénomène inquiétant”.
Un travailleur sur huit quitte l’industrie pendant la première année et pour la plus grande partie des gens qui quittent : l’insécurité d’emploi est la cause la plus importante.
Deux poids, deux mesures.
Quand :
- Un travailleur négocie de meilleures conditions → problème
- Un entrepreneur coupe les coins ronds, ne respecte pas les termes de la convention collective → silence
Quand :
- Ça tire vers le bas les salaires → “c’est le marché”
- Ça tire vers le haut les conditions des salariés → “c’est une dérive”
Bref : le traitement n’est pas le même.
L’angle mort dont personne parle : le profit.
On parle du coût des travailleurs.
Mais on ne parle jamais du reste.
- Les profits des entreprises
- Les marges sur les projets
- La répartition de la valeur entre les travailleurs et les entrepreneurs
Ça, c’est sacré.
Ça, on ne questionne pas.
Comme si :
- Les salaires étaient le problème
- Mais jamais les profits
Comme si chaque hausse qui avantage le travailleur devait être justifiée, mais jamais une marge, jamais un dépassement, jamais une stratégie d’affaires organisée en sous-traitance à n’en plus finir pour maximiser le profit sur le dos des travailleurs.
La vraie réalité sur les chantiers.
On parle de “gros prix”.
Mais on ne parle jamais de :
- La moyenne d’heures travaillées, autour de 1000 par année.
- Les périodes mortes.
- L’incertitude.
- Les déplacements.
- Les risques.
On parle du salaire… Sans parler de la vie qui vient avec.
On va appeler ça ce que c’est : c’est du mépris des travailleurs.
Le problème, cE n’est pas le travailleur.
Le problème, c’est une industrie qui :
- Ne garde pas son monde
- N’investit pas assez
- Fonctionne avec de l’instabilité
- Protège ses marges
- Et cherche où couper… sauf dans ses marges.
Pis dès que les travailleurs ont un peu de levier : Là, ça devient inquiétant. Là, il faut s’y attaquer en priorité.
Faut remettre ça DU BON BORD.
Les travailleurs “ne profitent” pas du système.
Ils compensent :
- Un système instable
- Un manque d’investissement
- Un système de portes tournantes
- Une organisation inefficace
Pis ils le font avec le seul levier qu’ils ont : leur travail.
La vraie question
Pourquoi une anecdote suffit à définir les travailleurs, mais que des millions de dollars en salaires impayés ne suffisent pas à définir l’attitude patronale ?
Pourquoi les salaires sont toujours débattus, mais jamais les profits ?
On le dit clairement
Peu importe le métier.
Peu importe le secteur.
Peu importe l’affiliation.
Les travailleurs et travailleuses de la construction méritent mieux que ça.
Le problème, ce n’est pas vous.
C’est un système qui :
- Protège certains intérêts
- Évite certaines questions
- Pis qui panique dès que le rapport de force bouge
Pis tant que ça ne changera pas, on va continuer de le dire.
Marc-André Blanchette
Représentant technique – Union des opérateurs de machinerie lourde – Local 791
