
Le Local 791 accueille favorablement toute initiative visant à lutter contre le harcèlement et les comportements toxiques sur les chantiers. Ces situations existent et doivent être prises au sérieux. C’est certainement un pas dans la bonne direction pour appuyer les efforts de l’industrie vers un environnement de travail plus sain.
Cela dit, si l’industrie de la construction veut réellement changer les choses, elle devra aller beaucoup plus loin qu’une campagne de sensibilisation.
Parce qu’en pratique, plusieurs travailleurs n’envisageront même pas de dénoncer une situation problématique.
Dans l’industrie de la construction, l’employeur exerce un contrôle majeur sur le lien d’emploi : embauche, rappel au travail, continuité d’emploi et accès aux futurs chantiers. Cette réalité influence inévitablement la capacité réelle d’un travailleur à dénoncer une situation inacceptable.
C’est ainsi qu’une forme d’omerta peut s’installer sur les chantiers.
Et lorsqu’un travailleur décide malgré tout de dénoncer une situation, il entre souvent dans un processus long et lourd, où les délais et les obstacles deviennent eux-mêmes un facteur de découragement, en plus de nuire grandement à leur employabilité.
Or, selon l’INSPQ, « L’insécurité d’emploi » et « peu de justice organisationnelle » font partie des principaux risques psychosociaux reconnus.
Le monde à l’envers.
Le problème, c’est qu’au même moment où l’on demande aux travailleurs de dénoncer davantage, le gouvernement affaiblit concrètement les mécanismes censés les protéger.
Les documents obtenus par accès à l’information démontrent que la CNESST doit absorber une réduction de 250 équivalents temps complet (ETC). À cela s’ajoutent les 115 abolitions de postes dénoncées publiquement par le Syndicat des professionnels du Gouvernement du Québec.
Au total, ce sont 365 postes qui disparaissent, soit plus de 7 % des effectifs de la CNESST.
Et les impacts sont déjà visibles.
Le SPGQ rapporte notamment que les délais de traitement des plaintes de harcèlement psychologique ou sexuel sont passés de 58 jours en 2022 à 95 jours en 2025.
Ajoutons cela la voix d’organismes qui dénoncent les compressions à la CNESST :
Même la PDG a des doutes quant aux capacités de la CNESST de remplir son mandat.
La présidente-directrice générale de la CNESST, Anouk Gagné, reconnaît elle-même dans des documents internes obtenus par accès à l’information :
« Il y aura des ruptures de service, des délais et des impacts sur la clientèle à court et moyen terme. »
Le gouvernement tente également, avant l’élection provinciale d’octobre, avec son Projet de Loi 27, de retirer plus de 85% des RSS à temps plein à pied d’œuvre sur les chantiers de construction. Une voix de moins pour permettre aux travailleurs de dénoncer.
La question devient donc légitime :
Comment peut-on sérieusement encourager les travailleurs à dénoncer davantage, tout en réduisant massivement les ressources de l’organisme chargé de traiter les plaintes et de les protéger ?
Évidemment, votre Union est prête à jouer son rôle dans les différents processus disponibles pour aider les travailleurs, mais nous pourrions dire que c’est l’équivalent de partir à la chasse à l’ours avec un canif dans le démantèlement orchestré présentement par le gouvernement provincial.
Une campagne de sensibilisation peut ouvrir une discussion. Mais sans mécanismes rapides, crédibles et suffisamment financés, il existe un risque réel que les comportements dénoncés demeurent massivement sous-déclarés ou pas déclarés du tout. Nous encourageons les acteurs de l’industrie à continuer la réflection à travers le travail paritaire de la CCQ afin d’appuyer le renforcement des dispositifs prévus dans la Loi dans le but de protéger adéquatement nos travailleurs de représailles possibles lors de dénonciations de comportements répréhensibles de la part d’employeurs envers nos travailleurs.
Parce qu’au final, un climat de travail sain ne repose pas uniquement sur des slogans. Il repose sur la confiance réelle des travailleurs envers les mécanismes censés les protéger.
