La paie de vacances : une victoire syndicale… et peut-être une revendication pour l’avenir


La CCQ a confirmé que la paie de vacances sera déposée le 19 JUIN 2026 ou acheminée par la poste à cette date.

Pour des milliers de travailleurs et de travailleuses de la construction, ce rendez-vous est devenu une tradition. Pourtant, derrière ce dépôt se cache une réalité que nous oublions parfois : la paie de vacances n’est pas un cadeau. Elle est le résultat de décennies de luttes syndicales et d’un rapport de force construit par ceux qui nous ont précédés.

Comme nous l’expliquions récemment dans notre article Les vacances de la construction : une victoire syndicale dont nous ne parlons pas assez, les congés de la construction eux-mêmes sont le fruit de revendications menées à une époque où les vacances payées n’allaient pas de soi.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.


Une industrie différente des autres

La construction possède une réalité bien particulière. Les travailleurs changent régulièrement de chantier et, parfois, d’employeur plusieurs fois au cours d’une même année.

Avant la mise en place du système actuel, plusieurs ouvriers devaient courir après leurs indemnités de vacances auprès de différents employeurs. Certains perdaient même des sommes auxquelles ils avaient pourtant droit.

C’est notamment pour répondre à cette réalité qu’un mécanisme centralisé a été instauré. Les indemnités versées par les employeurs sont administrées par la CCQ afin de garantir aux travailleurs qu’ils recevront effectivement les sommes qui leur reviennent.

Encore aujourd’hui, ce système demeure l’une des grandes particularités de notre industrie.


Des acquis bien réels

Actuellement, les employeurs versent :

  • 6 % pour les vacances;
  • 1,5 % pour les journées de maladie;
  • 5,5 % pour les jours fériés chômés.

Ces sommes représentent une partie importante de la rémunération globale des travailleurs de la construction. Elles ne sont pas apparues spontanément. Elles sont le résultat de négociations et de revendications menées au fil des décennies.

À ceux qui affirment que les syndicats ne servent plus à rien, rappelons que ces protections existent précisément parce que des travailleurs se sont organisés pour les demander et par la suite, les obtenir.


Une réflexion pour l’avenir

Les droits d’aujourd’hui étaient les revendications d’hier.

C’est pourquoi une question mérite d’être posée.

Quatre semaines de vacances correspondent normalement à l’équivalent d’environ 8 % du salaire. Pourtant, dans notre industrie, l’indemnité de vacances demeure fixée à 6 %.


NOUS AVONS, ENCORE UNE FOIS, FAIT LES CALCULS

  • 6 % de vacances, ça représente l’équivalent d’environ 120 heures sur une année de 2 000 heures. Autrement dit, on est loin de quatre semaines complètes rémunérées à 100 %. Si on appliquait strictement une règle de trois, quatre semaines de vacances représenteraient plutôt 8 %.
  • 1,5 % pour les journées de maladie, ça représente environ 30 heures, soit à peine 3 à 4 journées selon l’horaire.
  • 5,5 % pour les jours fériés chômés, c’est environ 110 heures, soit l’équivalent d’une douzaine de journées.

MAIS LA MOYENNE D’HEURES TRAVAILLÉES EST D’UN PEU PLUS DE 1000.

  • 6 % de vacances, ça représente l’équivalent d’environ 60 heures sur une année de 1 000 heures. Autrement dit, on est loin de quatre semaines complètes rémunérées à 100 %. On en est même pas à deux semaines .
  • 1,5 % pour les journées de maladie, ça représente environ 15 heures, soit à peine plus d’une journée.
  • 5,5 % pour les jours fériés chômés, c’est environ 55 heures, soit l’équivalent de six journées. On ne couvre même pas l’ensemble des fériés chômés.

À l’heure où l’on parle de conciliation travail-famille, de santé psychologique et d’attraction de la relève, est-il temps d’ouvrir la discussion sur une véritable indemnité correspondant à quatre semaines de vacances et un régime pleinement cohérent avec la moyenne d’heures travaillées de nos membres ?


Est-ce que c’est plutôt le temps de demander à ce que chaque ouvrier puisse gagner sa vie adéquatement sur les chantiers en faisant un véritable temps plein ?

Après tout, les travailleurs qui nous ont précédés ont osé revendiquer ce qui paraissait impossible à leur époque.

Les revendications d’aujourd’hui deviendront peut-être les acquis de demain. Est-ce que ça devrait être une revendication pour les prochaines négociations ?

Parce qu’elles n’ont jamais été un cadeau.

Elles ont été gagnées avec notre mouvement.


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