DÉCLARATION DE MARC LECLERC, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU LOCAL 791, À LA SUITE DE l’ANNONCE DE DÉPART DU MINISTRE DU TRAVAIL.

Je prends acte du départ du ministre du Travail, Jean Boulet, et je lui souhaite bonne chance pour la suite.

Cela dit, je ne cacherai pas que les opérateurs de machinerie lourde garderont un gout plutôt amer de son passage au ministère du Travail.

Au cours des dernières années, nous avons cogné à sa porte à plusieurs reprises. Des rencontres au cabinet du ministre concernant la «modernisation» de la loi R-20 et du grand projet bâclé des AEP. Nous avons présenté des mémoires, proposé des solutions et tenté de faire entendre la réalité du terrain. Certains l’ont peut-être même aperçu au dernier congrès du 791. Notre avocat, Me Nicholson et moi-même se souviendrons de la fois où il me trouvait si éloquent qu’il semblait m’offrir un travail en politique. Bien flatteur Jean… Malheureusement, trop souvent nous avons eu l’impression que la voix des travailleurs passait après celle du patronat. 

Le projet de Loi 51 restera, pour nous, le symbole de cette façon de faire. Pendant que nous parlions de compétence, de sécurité et de respect des métiers, le gouvernement nous répondait flexibilité et polyvalence. Cette loi vise à permettre à un travailleur sans formation, sans supervision, sans expérience et sans les compétences requises pour opérer nos machines.

Pour un opérateur, il n’y a pourtant rien de théorique là-dedans. La compétence se développe avec le temps. L’expertise se construit par la formation et le perfectionnement. L’expérience se transmet sur les chantiers. Et la sécurité repose sur le savoir-faire de travailleurs qualifiés.

Je vous fais une promesse : nous allons continuer de demander au ministre qui lui succédera ainsi qu’au prochain gouvernement dempêcher des ouvriers qui ne sont pas qualifiés d’effectuer le travail prudent et minutieux de nos membres à leur place. Même si c’est pour une courte durée. Pour s’asseoir dans nos machines, il faut les certifications et la formation nécessaire.

C’est d’ailleurs ce qui nous a amenés à dénoncer avec vigueur l’imposition des AEP par le ministre. Alors que nos membres réclamaient qu’on investisse dans les métiers et la véritable formation professionnelle (DEP), le gouvernement a préféré miser sur des raccourcis qui auront coûté plus de 411 millions de dollars aux contribuables québécois, en plus de laisser sur le banc des milliers de travailleurs qui n’auront pas été en mesure de joindre l’industrie.

Depuis 1968, notre Union défend une idée simple : les métiers existent pour une raison. Ils protègent les travailleurs, ils protègent la qualité du travail et ils protègent le public. Que ce soit dans un contexte de polyvalence ou face à un enjeu de formation, qui veut payer le même prix pour des travaux effectués sans la rigueur habituelle?

Malgré nos profondes divergences avec le ministre Boulet, je lui reconnais une chose : rarement une réforme aura autant mobilisé nos membres. À force de vouloir nous convaincre que les métiers étaient le problème, il aura surtout réussi à rappeler à des milliers d’opérateurs pourquoi ils ont besoin d’une Union forte pour les défendre.

Pour ça, je lui dis merci.

Parce qu’au final, s’il a laissé quelque chose derrière lui, c’est une génération d’opérateurs encore plus fiers de leur métier et encore plus déterminés à le protéger.

Marc Leclerc
Directeur général
Union des opérateurs de machinerie lourde – Local 791

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