
NOUS AVONS LU L’ARTICLE, ET NOUS EN VENONS À UNE CONCLUSION : il ne faut PAS avaleR la couleuvre patronale.
Soyez prêts, parce que la ratification de nos conventions fait toujours parler. Nous serions, encore une fois, les principaux responsables de tous les maux qui s’affalent sur les pauvres promoteurs immobiliers. À ce sujet, nous avions d’ailleurs répondu à Mario Dumont de TVA, ensuite à Marie-Ève Fournier dans La Presse, à l’étude de Desjardins et enfin à nos détracteurs d’une association patronale concernant la santé et la sécurité sur les chantiers qui coûterait trop cher — leur point commun, ils ont tous sonné l’alarme sur une « explosion des coûts de construction », pointé du doigt les salariés et les besoins en santé et sécurité dans la construction. On nous sort le chiffre de 40 000$, chiffre que le président de la FTQ-Construction, Alexandre Ricard, dénonce avec fermeté et surtout, avec raison.
L’article en question :

Comme si nos salaires et les lois en vigueur étaient la gale qui s’acharne sur les pauvres promoteurs immobiliers qui n’auront d’autres choix que de mettre sur la table quelques dollars de profits pour assurer la dignité des gens qui se sacrifient, parfois littéralement, pour leur permettre d’en accumuler. Quel dommage.
Même l’arbitre a compris que l’association patronale exagère. Et plusieurs entrepreneurs qui souhaitent conserver leur main d’oeuvre, de surcroît membres de cette même association, annoncent qu’ils paient au taux de salaire du « commercial ». On se souviendra qu’ils étaient d’ailleurs sortis publiquement pendant la grève, pour demander à l’APCHQ d’être plus raisonnable et de s’asseoir pour négocier.
Parlons de la marge de profit
Durant la flambée immobilière :
- Les terrains ont pris de la valeur.
- Les promoteurs ont ajusté les prix au marché.
- Les profits ont suivi la rareté.
Personne ne titrait pendant ce temps :
« 60 000 $ de plus dans les poches des promoteurs »
Mais quand les travailleurs récupèrent un peu de dignité salariale ? Les associations patronales se mettent en marche pour dire que nous abuserions de nos privilèges et que nous demanderions trop de reconnaissance pour exercer nos métiers dans l’industrie la plus meurtrière au Québec et littéralement, dans une usine à créer des estropiés.
Loin d’être un débat technique neutre, ce discours sert surtout à détourner l’attention des vraies causes profondes derrière la flambée des prix dans l’immobilier résidentiel et à stigmatiser les travailleurs, qui n’ont ni les clés du développement immobilier, ni les leviers de la spéculation foncière, ni la capacité de décider des taux d’intérêt.
📉 1. Augmentations salariales vs inflation : PARCE QU’ELLES N’ONT PAS SUIVI LE COÛT DE LA VIE.
Commençons par une évidence que certains refusent d’admettre : Les augmentations obtenues par les travailleurs du résidentiel entre 2021 et 2024 ont été fortement en deçà de l’inflation cumulée du coût de la vie avant la négociation de cette année.
➡️ Pendant que les prix des propriétés ont doublé, nos salaires n’ont augmenté que d’environ 2 % par année entre 2021 et 2025, ce qui ne suffisait pas, avant la décision de l’arbitre, à rattraper une perte de pouvoir d’achat de 9,1 % sur la même période. Soyons lucides, si nous étions responsables des hausses de prix, où sont passés les 50% qui sont atterris dans les poches des promoteurs ? Pas dans les nôtres. D’ailleurs, c’est probablement pour cela que l’arbitrage nous a donné raison !
Ce n’est pas une « surenchère salariale » — c’est une lutte pour maintenir un niveau de vie décent. Tout ce qu’on demande, c’est de ne pas perdre face à une inflation qui gruge nos revenus, comme n’importe qui exigeant un minimum de respect.
📊 2. Même si les salaires augmentent, ce n’est pas ça qui fait flamber les coûts
Même si on suivait l’idée simpliste que les salaires expliquent une part importante du coût d’une maison, la main-d’œuvre représente seulement une portion du coût total d’un projet de construction — selon des analyses sectorielles, souvent entre 20 % et 40 %.
Posons la question autrement :
👉 Est-ce raisonnable de dire que des hausses salariales modestes — dont une bonne partie est simplement là pour rattraper l’inflation — expliquent une hausse du prix des propriétés de 30 % à 60 % dans plusieurs marchés ?
Non. C’est un raccourci qui ne résiste pas à l’examen des faits.
🏗️ 3. Les vraies causes de la hausse — et elles ne sont pas sALARIALES
Pour comprendre pourquoi les prix augmentent, il faut s’attarder à ce qui contrôle réellement les coûts :
🔹 La spéculation foncière
La valeur des terrains dans les zones urbaines s’est envolée, sans être liée aux coûts de construction eux-mêmes. Cette rareté artificielle est largement spéculative.
🔹 Les marges des promoteurs
Les promoteurs peuvent ajuster leurs prix selon la demande du marché, souvent avec des marges confortables. Pas étonnant : lorsque le marché est chaud, il est facile de répercuter les coûts — réels ou non — sur les acheteurs. C’est un principe de base de l’offre et de la demande.
🔹 Les taux d’intérêt
Une augmentation des taux d’intérêt fait grimper le coût global des projets — ce n’est pas une question de salaire.
❓4. POURQUOI LE RATTRAPAGE DU SECTEUR RÉSIDENTIEL EST SI IMPORTANT : les effets de la désyndicalisation des années 90.
Parlons brièvement du désassujettissement du secteur résidentiel dans les années 90.
On nous avait promis en soumettant le secteur à la loi du marché :
- Moins de syndicalisme
- Moins de coûts
- Des maisons plus abordables
Résultat ?
- Les prix ont monté quand même.
- Les conditions de travail ont baissé, de sorte que le secteur a vécu un exode important.
- La précarité typique à notre secteur a augmenté.
Les maisons n’ont pas soudainement été données. Et les travailleurs du secteur résidentiel accusent un retard salarial qui s’agrandit avec le temps, depuis les années 90. C’est pour cela que nous avons eu le mandat de faire la grève ! Et c’est pour cela que nous avons assisté à la plus longue grève de l’histoire moderne de la construction.
💼 5. À ceux qui disent « la sécurité coûte cher »
Récemment, certains patrons et commentateurs ont affirmé que la sécurité sur les chantiers — comme la présence de représentants en santé-sécurité — ferait augmenter les coûts des condos. Une enquête publique a été déclenchée, pour la première fois en 40 ans, afin de faire la lumière sur l’arbre des causes des décès dans notre industrie. Et une constante apparaît dans tous les cas de décès à l’étude : l’absence de représentants en santé et sécurité sur les chantiers concernés par l’enquête.
C’est ce qui nous permet encore une fois d’affirmer qu’il s’agit d’une déformation dangereuse :
➡️ La sécurité n’est pas un « luxe » — c’est une obligation morale et légale.
➡️ On ne devrait jamais mettre des travailleurs en danger pour faire avancer un projet plus vite.
➡️ Quand tu entends que « ça coûte trop cher », demande-toi : qui veut diminuer la prévention pour augmenter ses profits ?
Ce débat n’est pas technique — il est politique. Il concerne la valeur que la société accorde à la vie humaine et à la santé des travailleurs.
⚠️ 5. La logique du blâme : encore et encore
Le discours anti-ouvrier, c’est ça :
- Isolation du travailleur (son salaire)
- Exagération de l’effet sur les prix
- Omission totale des autres causes structurelles, notamment la captation du profit.
- Tentative de transformation d’un problème économique en un bouc émissaire humain.
On l’a vu encore et encore, on serait trop gâtés, on serait les coupables, constamment les cibles des critiques — alors que nos hausses salariales ne rattrapaient même pas l’inflation avant la dernière convention. Il appert important de suggérer de trouver d’autres responsables, autrement, vous nous verrez systématiquement répondre, encore et encore. On s’y engage : le respect qu’on mérite, ou des réponses qui vous feront mal paraître comme celle-ci. Le respect, sur les chantiers, et en dehors. C’est un engagement de notre Union.
✊ 6. Ce que nous défendons vraiment
Nous ne voyons pas la lutte salariale comme un privilège — nous la voyons comme une réparation minimale pour des décennies de précarité, de risques et de contributions incontournables à l’économie du Québec.
Les travailleurs et les travailleuses:
- prennent des risques extrêmes tous les jours,
- contribuent grandement à l’infrastructure du pays,
- vivent souvent des conditions difficiles,
- et pourtant leurs revenus restent compressés par rapport à ceux qui en accumulent de plus en plus du côté patronal.
Ce n’est pas une question de privilège — c’est une question de justice sociale et économique. Nous ne resterons pas silencieux.
📌 Conclusion
Blâmer les travailleurs pour la crise du logement ne résoudra rien. Les prix des maisons ne montent pas parce que des ouvriers demandent un salaire équitable — ils montent à cause :
✔️ de la spéculation,
✔️ de la rareté du foncier,
✔️ des marges élevées dans le modèle immobilier,
✔️ des politiques publiques qui favorisent les investisseurs plutôt que les familles qui vivent dans ce que nous construisons..
Si on veut vraiment rendre le logement plus abordable, il faut arrêter les discours faciles et commencer à s’attaquer aux vraies causes, à l’encadrement plus rigoureux du marché, à l’offre réelle et à la répartition équitable des richesses — pas aux travailleurs qui y consacrent leur vie.
Marc-Andre Blanchette, Représentant technique
Union des opérateurs de machinerie lourde – Local 791 – FTQ-Construction
